Jeudi 10 septembre 2009 4 10 /09 /Sep /2009 18:44
Rob commençait à peine à trouver le sommeil.

Il avait du mal à supporter sa petite puce savante, Sabryna, qui lui sautait sur le visage comme pour lui dire: "Oh, et moi alors? Tu me couches pas dans ma petite boiboite?" Il la goba d'un coup, et lui dit qu'elle n'avait qu'à dormir sur sa glotte pour cette nuit, elle serait bien au chaud... Faut pas déranger un Rob qui essaie de s'endormir!

La lumière de son salon s'éclaira tout à coup, et Rob vit face à lui son père et sa mère, armés de fourches et de faux. Et il n'était plus dans son petit studio mais dans une grange, couché au milieu du foin.

Ses parents le sommèrent de se lever tout de suite, que c'était la Révolution, et qu'un jeune homme digne de ce substantif comme lui se devait de combattre pour le peuple au lieu de se prélasser dans sa paillasse. Il se leva, en marmonnant qu'il n'était pas un slip Stantif, et d'ailleurs il ne connaissait même pas cette marque, il se leva, donc, et dit qu'il était toujours prêt, cracha par terre, en levant deux doigts vers le ciel, l'index et le majeur, et en prenant une bonne bouffe par son père qui lui dit qu'on ne crachait pas dans le foin, que c'était anti-démocratique, sale, puéril, malsain, dégoûtant et inutile.

Allez, il fallait se presser, il y avait foule devant la ferme des parents de Rob. Il faisait presque nuit et les camions de pompiers arrivaient en masses devant la maison voisine. Ils avaient déjà sorti la grande échelle. Le capitaine Sacha Deastel engueulait tout le monde car personne n'était foutu de lui dire où étaient passés les tuyaux, les tuyaux, les tuyaux. La mère de Rob râlait après tous les soldats du feu, en les traitant de noms de vertébrés ovipares couverts de plumes ayant deux pattes et deux ailes à la tête munie d'un bec et généralement adaptés au vol, c'est à dire d'oiseaux, pour faire court, et ce, d'après le dictionnaire Hachette. Car malgré Wikipedia, il m'arrive encore d'ouvrir ce vieil ouvrage poussiéreux, dont on tourne les pages avec les doigts, recueil des mots d'une langue rangés par ordre alphabétique avec leurs significations.

La mère de Rob, pour en revenir à nos moutons, s'en prit plus spécialement à une femme pompier qui se refaisait les ongles des pieds en roulant des patins à un jeune ado boutonneux même pas premier de la classe et qui n'en demandait pas tant, mais qui semblait néanmoins s'en contenter largement.

Rob remarqua que le volet de la maison voisine s'ouvrit et il en conclut, tel Sherlock Holmes, que quelqu'un devait être là, dans cette maison et même certainement derrière le volet. Il ne fit ni une ni deux, ni trois, d'ailleurs, et contourna la maison en prenant ses jambes à son cou, ce qui n'était pas très pratique pour courir, mais qui avait le mérite de le faire aller plus vite.

Il vit, à travers les planches de la grange derrière la maison - vous situez, là? - qu'il y avait du monde à l'intérieur. A l'intérieur de la grange, bien sûr. Pas sa grange à lui, non, la grange de la maison voisine qu'il venait de contourner. Il y avait un public, assis, sur des gradins, et des artistes qui jouaient de la musique et d'autres une pièce de théâtre. Ignorant ce spectacle, il continua son inspection, longeant les murs de la maison, et se trouva nez à nez avec la porte d'entrée.

C'est alors qu'il remarqua un petit chat qui le suivait dans tous ses mouvements. Il lui dit "bonjour", et démonta la porte d'entrée en la dégondant. Pas facile à faire, mais à Rob rien n'est impossible. Il tapota la poche revolver de son pantalon et se souvint qu'il avait toujours sur lui une vieille porte vermoulue et un four à micro-ondes. C'était au cas-où, ça pouvait toujours servir.

Il entendait la musique qui venait de la grange, et ça l'énervait, putain que ça l'énervait!

Lorsqu'il se fut débarrassé de la porte d'entrée dégondée, il constata qu'il y en avait une deuxième, juste derrière. Une autre porte! Et merde! Il n'allait pas passer sa nuit à dégonder les portes d'une maison en feu alors que la Révolution n'attendait plus que lui. Il entendit alors un rire, derrière lui. Un petit rire sadique. Il se retourna et vit un gros chat noir qui venait d'avaler le petit chaton, et une espèce de gamin à tête de tomate qui se fendait la poire! Oh! Il les fusilla du regard, ils tombèrent sous les balles.

Comme Rob connaissait l'ancien locataire de cette maudite maison, il décida d'abandonner sa mission. Je me permets de dire que c'est vraiment une excuse bidon! La pluie se mit à pleuvoir - j'adore - et Rob eut une idée de génie. Au diable la Révolution, il allait de ce pas chez son copain Oscar, un mec très sympa qui vivait à deux pas d'ici. De toute façon les pompiers étaient partis et tout était rentré dans l'ordre, et la femme pompier, larguée lachement par son boutonneux, était même carrément entrée dans les ordres.

Chez Oscar, il retrouva autour de la table du salon Féfé, le mousquetaire de la distribution et la belle Samantha, dont il était fou amoureux en secret et même qu'il ne l'avait jamais dit à personne. Oscar distribua les cartes tandis que Samantha montrait ses tatouages à Rob, qui les trouva fort beaux et fort bien placés. Oscar passa son tour, Rob dit "gage!" et Samantha piocha une carte "gage" qu'elle lut. Elle demanda à Rob de lui donner trois bonnes raisons d'adhérer au Menton National, le parti politique que le monde entier nous envie, et Rob avoua que ce n'était pas vraiment un thème de jeu, et d'ailleurs il en avait marre de ces trucs à la con, et "arrête de me faire chier avec tes thèmes de jeux alors que je t'aime!" Waou! Il l'avait dit!

Silence lourd...

Féfé tenta l'impossible pour détendre l'atmosphère, en glissant subrepticement sa main sous le chandail de laine de Samantha. Mais Rob avait détecté le mouvement. Il en était bouche bée. Samantha releva son chandail, laissant apparaître un soutien-gorge dont on comprit tout d'un coup l'utilité. Féfé le dégraffa, lentement, du bout des doigts, le système de fermeture étant situé à l'avant, entre les deux seins, c'était encore plus... Enfin, pas pour le pauvre Rob qui devenait fou de rage comme une cocotte-minute prête à cracher sa vapeur.

Le soutien-gorge se déposa, après une lente et interminable chute, sur les genoux de Samantha, qui ne disait rien. Et comme qui ne dit mot consent, Féfé lui massa délicatement les têtons, Samantha fermant les yeux en retenant son souffle, Oscar redistribuant les cartes.

Rob tua Féfé d'un coup de piolet qu'il trouva accroché sur le mur du salon, à côté de la tête de serf, et dit à Samantha qu'elle avait du bol, car il ne l'aimait pas assez pour la tuer d'amour. Elle se confondit en excuses et jura, juste à temps, qu'elle ne le ferait plus. En tout cas plus avec Féfé. Intermarché pouvait lancer un appel d'offre.

Quoi? Hein? On ne dit pas "serf" mais "cerf"? Ben non, je suis désolé, il s'agissait bien d'une tête de serf, avec un S, et non pas l'animal, mais bien le paysan du moyen-âge. Un trophée d'Oscar lors d'une chasse familiale. C'était son premier serf tué, il avait douze ans. Oscar, pas le serf. Alors? Non mais, je sais ce que j'écris, quand même!

Bon, Rob perdit la partie de cartes et Oscar et Samantha firent l'amour pour se rassurer de n'être que de viles créatures humaines dépourvues de scrupules. Notre Robby rentra chez lui, un peu déçu, et retrouva ses parents dans la cuisine. Son père l'attendait, les yeux rouges de colère. Sa mère était en pleurs. Non seulement il n'avait pas participé à la dernière Révolution, mais en plus il avait laissé tomber le surligneur jaune de la table de la cuisine et il ne l'avait pas ramassé, alors qu'il était passé au moins trois devant! Rob s'assit dans un fauteuil à roulettes et en le poussant négligemment avec les pieds, s'approcha du surligneur, qu'il ramassa, pour pas faire pleurer Maman et pour calmer Papa.

Il entendit du bruit venant du salon et il s'y rendit, après avoir salué son père en lui baisant les pantoufles à oreilles. Mais qui pouvait bien faire ce chahut?  C'était Pierre Bellemare et Denise Fabre qui procédaient à la vente aux enchères de leur vieux canapé en cuir vert caca d'oie. Ils n'en avaient plus besoin puisque Pierre allait mourir d'ici une cinquantaine d'années d'une grave maladie mortelle, c'était écrit dans le Quid.

Rob se souvint alors qu'il avait déjà vu ce canapé dans la chambre principale du château de Dracula pendant sa classe de neige en CM2 dans les Carpates, et se dit que le prince des Ténèbres avait dû le jeter aux oubliettes un soir où il avait trop bu.

Mise à prix: 212 euros! Adjujé! Vendu! Le père de Rob l'acheta. Rob en fut dégoûté! Pourquoi? Son propre père lui avait refusé la dernière figurine de Picatchoum version hard qui ne coûtait que six euros! Rob partit se coucher dans sa paillasse, déprimé, l'âme en peine. Il se sentait terriblement seul... Quelle vie, quelle poisse! Sabryna, sa petite puce savante, lui chatouilla la gorge. Il l'avala!

Rob commençait à peine à trouver le sommeil. Et d'ailleurs, cette nuit-là, il ne le trouva pas!

© David Carruezco



Par Cardavebor - Publié dans : Les aventures oniriques de Rob Chiméric - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Mardi 28 juillet 2009 2 28 /07 /Juil /2009 09:59
Rob commençait à peine à trouver le sommeil.

Il sentait son corps tout entier plonger au fond de son matelas, ses doigts engourdis se crisper, sa tête s'alourdir, ses yeux le brûler, ses cheveux le piquer, ses poils sur ses bras se hérisser comme un hérisson hérissé, tout cela lui donnait la chair de poule, à en effrayer un renard dans un poulailler... bref, il se consumait.

Il fit un salto arrière, ce qu'il fit, d'ailleurs, et, en caleçon mauve à pois blancs, il se mit à marcher sur les mains. Il regardait cette pièce dans laquelle il vivait sous un autre jour, d'un autre angle. Le plafond devenait son plancher, et il tenait les mains collées à son nouveau plafond, c'est à dire son ancien plancher, c'est à dire qu'il avait la tête en bas et les pieds en l'air, mais vu qu'il voyait le monde à l'envers, autant dire qu'il avait la tête en haut, les mains collées au plafond et les pieds dans le vide... heu! Me suis-je bien fait comprendre...?

Il défiait les lois de la pesanteur, c'était génial.

Il sortit de son appartement, descendit les marches de son vieil escalier, sur les mains, of course, et dans la rue, sur les mains...

Il croisa des gens, ces espèces de bipèdes à la démarche si ridicule habituellement, qui là, eux aussi, marchaient sur les mains. Des enfants qui revenaient de l'école, le cartable sur le dos, en se disant des blagues et en criant et en chantant, la tête en bas... Un vieux lézard et sa vieille bique, leur petit chien en laisse, qui, lui, marchait à quatre pattes, ce qui n'avait là rien de bien extraordinaire, vous en conviendrez... quoique?

Il faisait grand soleil encore, et le monde lui semblait tellement différent, et tellement beau, aussi, d'ailleurs, ce qui l'effraya un peu, vous vous en doutez... C'était ça, se dit-il, le grand problème de l'humanité toute entière. Il suffisait d'y penser, les hommes devaient tout simplement marcher sur les mains pour être enfin heureux... Le monde marchait sur la tête depuis le début de la Création, désormais, plus rien ne serait comme avant.

Il croisa une bande de jeunes qui fumaient des cigarettes bizarres à côté d'un banc public, grande leçon d'équilibre. Ils se moquaient gentiment, mais avec un brin de cruauté, d'une jeune cadre dynamique qui venait de marcher dans une crotte de chien... mais de la main gauche! Ils lui crièrent que ça portait bonheur, et le JCD partit aussitôt, après s'être nettoyé avec une feuille de platane - arbre dont nous reparlerons ici un peu plus tard, sous la rubrique scientifique - il partit, donc, en direction d'un bar-tabac, sur les mains, ne l'oubliez pas, acheter un Gratouillax, le dernier jeu à gratter instantané en vogue.

Près du Grand Parc, que vous connaissez maintenant, quatre pépés en retraite bien avancée - et nos impôts, merde! - jouaient à la pétanque, tandis qu'un cinquième perdait ses yeux et la vue avec, en tout cas ce qui lui en restait, à regarder une magnifique et non moins sexy demoiselle qui avait eu la superbe idée de sortir en jupe. Que le monde est beau quand il est sens dessus dessous!

Imaginez le tableau, et tout ça sur les mains: un voleur courait après une vieille dame et son sac, un gendarme courait après le voleur, un chat courait après le gendarme - ça, j'ai pas compris pourquoi - un chien courait après le chat - ah, c'est peut-être pour ça que le chat courait après le gendarme, pour chercher du secours - un boucher (Edouard Guèze, qu'il s'appelait) courait après le chien qui lui avait piqué des saucisses, la bouchère (la mère Guèze, donc) courait après le boucher, un vieux pépé satyre courait après la mère Guèze pour lui montrer la sienne, et sa vieille femme courait après le vieux pépé satyre qui courait après la mère Guèze pour lui couper la sienne. Une belle ronde, en somme. Rien à voir, mais je me devais d'en parler.

Rob prit le bus, qui roulait sur ses roues, - faut pas pousser, non plus! - et posa son fessier sur un des sièges suspendus au plafond - ah, tout de même!

Il descendit quelques minutes plus tard - ou après, comme vous préférez - pour se rendre au château des Mc Notting Nikkot God's, une riche famille écossaise installée dans la région depuis peu. Il devait y célébrer le mariage de la jeune fille cadette de la famille, la belle Azalée-Fanchon, avec le jeune prince héritier Abdallah Ben T.

Lorsqu'il se présenta devant l'entrée du château, le vieux gardien du parc lui fit une remarque qui ne fut pas piquée des vers, et qui le retourna comme une crêpe bretonne: "Alors, mon père, toutes vos bondieuseries vous sont tellement montées à la tête qu'elle s'en est renversée? Hi hi hi!!"

"Merde!, s'écria Cambronne à Waterloo." Heu, pardon. "Merde!, s'écria Rob, je suis curé!" Il se redressa sur ses pieds, le visage rouge de sang, et peut-être aussi un peu de honte. Il mit quelques minutes à retrouver son équilibre, recouvrer ses esprits et retrousser sa soutane.

Il traversa le parc du château, après avoir fait remarquer au vieux gardien qu'il n'était que le vieux gardien, et que s'il voulait garder ou même conserver sa place, il avait intérêt à ne pas la ramener de nouveau. Il s'agissait de menaces gratuites, car Rob n'avait certainement aucun pouvoir en la matière, et de plus il était complètement désintéressé, mais il avait aimé se la jouer un peu, comme on disait dans le temps, à l'époque de "I like to move it move it".

Une toute jeune petite fillette mimi comme tout se rapprocha de Rob en robe sur un tricycle et lui proposa d'aller faire une promenade. Il monta à son tour sur un petit vélo avec une roue devant et deux derrière, comme un tricycle je crois, lequel tirait une charrette dans laquelle dormaient deux ânes en grève, banderoles à l'appui. Il fit le tour du château avec la toute jeune petite fillette mimi comme tout qui se fait appeler Mimi, puis ils s'arrêtèrent auprès de mon arbre.

Rob sortit un canif de la poche de sa soutane - je connais un curé qui m'a dit que les soutanes ont des poches, comme les murs ont des oreilles. Il grava, sur l'écorce de mon arbre, un coeur transpercé d'une flèche et les initiales AA. Il dit à Mimi que cela n'avait aucun rapport avec le célèbre groupe norvégien, qu'elle ne connaissait pas, d'ailleurs, mais qu'il s'agissait simplement des initiales d'Azalée-Fanchon et d'Abdallah, que c'était un rituel indo-aztèque, et que, d'abord, le groupe c'était pas AA mais A-Ha, et que si elle continuait il lui donnerait une fessée pour lui montrer de qui smokton.

Mimi, qui ne lui avait rien demandé, le regarda fixement, puis le regarda fixement. Il comprit alors son erreur, et il sacrifia un des deux ânes pour se faire pardonner, en le clouant vivant à plat ventre sur mon arbre. C'est dégueulasse! Sur MON arbre!!

Rubrique Scientifique: D'aucuns déclarent, mais c'est à vérifier, que de là viendrait l'origine du nom "platane" (plat âne), pour l'âne cloué à plat ventre sur mon arbre. Pour ma part, je resterais plutôt prudent à ce sujet, et je me garderais bien de tout commentaire, d'autant que mon arbre était un chêne! Mais je n'ai rien dit.

Rob se flagella avec un nerf de boeuf, car la cloche du clocher de l'église à la ronde se mit à sonner, et il récita une prière pour invoquer les Dieux, non pas que Rob nia le monothéïsme catholique, mais comme il avait perdu ses lunettes alors qu'il faisait le couillon à marcher sur les mains, il y voyait maintenant trouble, et dans le trouble de sa foi, il pensait voir plusieurs Dieux. C'est mon explication et on fera avec.

La cérémonie put commencer en grandes pompes. Rob, devant l'assistance publique et dépravée, déclara unis par les liens du mariage jusqu'à ce que mort s'en suive la belle Azalée-Fanchon et son bel Abdallah.

Un bal fut donné sur le pont d'Avignon pour l'occasion rêvée, et on y dansa tous en rond. Les messieurs faisaient comme ça, et les belles dames faisaient comme ça, et puis encore comme ça. C'était trop cool!

Puis tout le monde s'assit sur les chaises prévues à cet effet de pouvoir s'asseoir dessus, et le rideau s'ouvrit. Le groupe Indochine apparut, et trois nuits par semaine, Bob, Morane et tous les chacals se mirent à bambouler dans une frénésie frénétique, comme chez les alcooliques néphrétiques.

Quand le public entendit que le chanteur avait voulu demander je ne sais quoi à la lune, il se lassa d'autant d'hérésie. Bernie, le cousin de Rob, toujours là pour ne pas en rater une, jeta un fer à repasser et une cafetière sur scène, pour montrer son désappointement. Rob lui coupa la tête, d'autant qu'il n'était pas invité. Rob retira sa soutane - il était en string léopard - monta sur scène et arracha le micro des mains de Nicola Sirkis, médusé mais le dimanche. Rob chanta alors devant un public conquis et le groupe Indochine jura, mais un peu tard.

Lorsque notre ami Robby réalisa qu'il était seul en scène, que le groupe était parti en gondole sur la rivière Urubamba, que le public était parti aussi, il se dit que cet épisode n'avait que trop duré, et pensa que j'allais écrire qu'il commençait à peine à s'endormir et que d'ailleurs cette nuit-là il ne s'endormit pas. Mais non, faute, pas encore, trop facile. Il fallait souhaiter longue vie aux jeunes époux, et saluer les convives, et nettoyer tout ça, et recoller la tête de Bernie, et tout, et tout.

Contrarié, Rob arracha une carotte dans le potager du vieux gardien qui maintenant était un peu son ami, un pote, en somme, son pote âgé, quoi. Il accrocha la carotte à un fil qu'il accrocha à une branche qu'il venait d'arracher de mon arbre, l'enfoiré!, et monta sur le dos du deuxième âne, qui n'en menait pas large après avoir assisté sans braire un mot à la mort tragique mais néanmoins spectaculaire de son mari - car oui, nous devons le signaler à tous les amis des animaux du monde, ces deux ânes étaient un couple, et l'ânesse pleurait son regretté compagnon. Paix à son âne.

Rob traversa le désert du Sahel à dos d'âne, pour acte de contrition et se dit que ce serait bien la dernière fois.

C'est alors que notre histoire prit une tournure inattendue, qu'elle devint complètement folle. Rob descendit de l'ânesse, la tua, la mangea et traversa de nouveau le désert sur les mains. Chemin faisant, il se dit qu'il se sentait vachement seul dans ce monde de brutes. Et là, je rigole pas, il se sentait vraiment tout seul, terriblement seul.

Rob commençait à peine à trouver le sommeil. Et d'ailleurs, cette nuit-là, il ne le trouva pas!

© David Carruezco



Par Cardavebor - Publié dans : Les aventures oniriques de Rob Chiméric - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Dimanche 21 juin 2009 7 21 /06 /Juin /2009 21:29

Rob commençait à peine à trouver le sommeil.

Depuis quelques temps, il se sentait différent, presque heureux. Et cela le tourmentait légèrement, lui qui n'était pas terriblement doué pour le bonheur. Il se sentait tellement bien qu'il avait pris une grande résolution: il allait arrêter de fumer. Pour de bon, cette fois-ci, et définitivement! Et il avait acheté une dernière cartouche de cigarettes - en Espagne, parce que là-bas au moins on pouvait se noircir les poumons pour pas cher - et il la fumerait en entier, jusqu'à la dernière, et après la dernière: STOP!

Mais là, le soir, seul, allongé sur son matelas, il gambergeait. Qu'allait-il devenir désormais, s'il devait vivre heureux jusqu'à la fin de ses jours? Quel ennui en perspective... Non, il ne pouvait décidément pas dormir ce soir. Il prit une cigarette, la regarda avec tendresse, puis l'alluma, sans autre forme de procès. Et il tira la fumée dans une profonde inspiration, sentant courir dans tout son corps les bienfaits éphémères de cette passion destructrice.

Les murs de son studio s'agitaient de plus en plus, changeaient de couleurs, de formes. Ils prenaient vie, avaient des yeux, un nez, une bouche, lui tiraient la langue et se moquaient de lui... mais pour rigoler, car ils l'aimaient bien, Rob. Il les regardait encore avec circonspection - lisez phonétiquement "sirköspeksjö" - quand il décida tout à coup de se lever, de s'habiller et de sortir. Ce qui n'a strictement aucun rapport, je vous l'accorde, mais comme c'est la stricte vérité, pourquoi le nier, n'est-ce pas?

Il descendit les marches de son vieil escalier poussérieux, cafardeux, miteux et tout, et s'arrêta devant la porte de l'appartement situé juste en dessous du sien, laquelle porte était entrouverte comme une invitation à la pousser subrepticement afin de découvrir un monde mystérieux où l'ivresse se ramasse talapelle. Il poussa donc la porte avec prudence - jusque là, il n'avait pas remarqué sa présence - et entra dans le vestibule à peine éclairé d'une modeste lanterne. La porte se referma doucement, toute seule, avec douceur et avec tendresse, ce qui commençait à faire du monde dans ce vestibule exigu.

Une jeune fille, cheveux noirs à la racine et  courts au carré, plutôt mignonne et plutôt mince, s'avança vers Rob. Elle n'était nullement impressionnée ni surprise de la présence de ce misérable vagabond dans l'appartement dont elle semblait être l'occupante. Sans parler, ils se regardèrent, et s'embrassèrent, très amoureusement. Rob se dit que c'était sympa comme accueil, et décida de ne pas regretté d'avoir poussé la porte quelques instants plus tôt. La jeune fille lui prit la main et l'emmena dans la pièce voisine, une chambre, et ils s'assirent sur un lit une place.

"Tu dormiras ici cette nuit, Rob, lui dit-elle. Moi je dors dans le grand lit juste à côté avec ta cousine." Rob tourna la tête vers le fameux grand lit en question et reconnu effectivement sa cousine Rozaline. Elle lui souriait et lui faisait de grands signes les bras en l'air, comme si elle était loin, mais très heureuse de le revoir. Il lui sourit, sans bien comprendre ce qu'elle pouvait faire ici, elle qui vivait à des lieues de cette ville. Il était encore dans son étonnement quand la jeune fille l'embrassa de nouveau, et c'est alors qu'il lui caressa les seins, par dessus son t-shirt, en grand seigneur qu'il était.

Mon Dieu! Il sentit que la terre entière le regardait et le jugeait, il allait être lynché, traîné dans les rues, battu, jeté en pâture à la vindicte populaire, brûlé vif, empalé, décapité, pire même, peut-être encarté au Parti Socialiste. ¿ Qué pasa amigo ? Rien de grave, mais en caressant les petits seins pointus de son accueillante hôtesse, il s'était rendu compte qu'elle en avait trois! Il dit à la jeune fille que c'était très mal ce qu'il faisait avec elle, laquelle lui sourit avec tendresse, pour lui faire comprendre qu'elle était d'accord avec lui et que ce serait leur secret, et que voilà, on n'en parlerait plus. Puis elle alla se coucher près de Rozaline.

La porte de la chambre voisine s'ouvrit alors, et Bernie apparut. Si, vous savez, Bernie, le cousin de Rob. Il dormait dans cette chambre, et Rob n'en savait rien. Oh! Y'a toute la famille ici ce soir ou quoi? Bernie demanda à la jeune fille - qui n'avait pas de prénom autant le dire tout de suite comme ça on est tranquille - de bien refermer la petite porte du placard sous l'évier de la chambre, car ça l'empêchait de dormir. la jeune fille se leva, dans son petit pyjama rose et blanc, et tenta de refermer cette porte. Mais elle se dégonda - la porte, pas la jeune fille - et elle - la jeune fille, pas la porte - eut toutes les peines du monde pour la remettre en place, et d'ailleurs, elle n'y arriva pas.

A la grande surprise effarée de Rob, Bernie s'approcha de la jeune fille et lui donna un violent coup de rangers dans la tête, en lui disant qu'elle n'était décidément bonne à rien. Puis il resta debout devant elle, les bras croisés, la défiant du regard. Elle se releva, sans pleurer, prit la porte et la regonda, sous les yeux de sa mère qui arrivait du haut des escaliers et la dévisageait avec une grande fierté, l'encourageant silencieusement dans sa tâche. La jeune fille, qui en réalité avait coincé la porte sans vraiment la remettre en place, se tourna discrètement vers Rob et lui fit un clin d'oeil en tirant la langue sur la droite de la bouche, en signe de complicité. Essayez, vous verrez, vous tirez la langue vers la droite de la bouche en clignant de l'oeil droit, ça fait vachement signe de complicité, je trouve. Bon, ça fait un peu gogol, mais complice quand même. Bernie retourna dans sa chambre et ferma la porte, car sa mère l'appelait étendue sur son lit. Nous ne nous étendrons pas sur le sujet...

La jeune fille, ouvrit alors la porte d'une grande armoire et Rob y découvrit avec stupeur tout au fond une salle de bar. Il y entra et commanda un gambetta-dry-whisky-gin-coca-light avec une paille. Il y avait pas mal de monde dans ce bar, et Rob connaissait presque tous les clients présents. Le sol était jonché de pelures de cacahuètes, ce qui était chiant quand on voulait marcher à voix basse sans se faire remarquer, mais pas dramatique non plus quand c'est heure de grande beuverie. Pourtant, eut-il malencontreusement écrasé du bout de l'orteil un minuscule morceau de coque de cacahuète, en tout cas, tout le monde leva la tête vers lui comme un seul homme et le regarda fixement. Leurs téléphones portables en mains, ils se mirent tous à les faire sonner. Rob souriait, très heureux de cet accueil. Un homme s'approcha de lui, et le prenant par l'épaule, l'emmena à l'extérieur, sur la terrasse. Il lui parlait, mais Rob ne comprenait pas un traître mot de tout ce qu'il lui disait. Il entretenait néanmoins la conversation.

Il sentit tout à coup de violents coups sur son postérieur - on pourrait dire aussi sur le cul, j'en conviens - comme des piqûres de guêpes. Lorsqu'il se retourna, il vit que son agresseur n'était autre que Znobiwan, un vieil ami de régiment, matelot comme lui - c'était au temps où Chirac n'avait pas encore aboli le service militaire - qui lui donnait des coups avec l'antenne de son téléphone. Rob éclata de rire et lui dit qu'il n'avait pas changé, décidément, il était toujours le même, ce "sacré Znobiwan". Cherchez pas, c'est des histoires de matafs. Après quelques bouffes Rob retourna dans le café mais tous étaient partis. A une table, se trouvaient d'autres amis de Rob: Cyndy, Bianca, Pérette et Victor. Victor tendit à Rob un portable qu'il avait dans les mains. Il lui dit que c'était celui de Cyndy, mais que tout le monde pouvait s'abonner avec un code personnel.

Lorsque Rob enclancha son propre code, le téléphone sonna. Il répondit, et une voix de femme lui dit qu'il devait rembourser les assedics de Danna Waz, son ex-petite amie, car elle avait reçu plus d'argent qu'elle ne devait et qu'elle demeurait introuvable. Rob raccrocha, mais le téléphone sonna encore et encore, jusqu'à ce que Cyndy le reprit en mains, ce qui le calma aussitôt. Rob se dit que lui aussi il aimerait être repris en mains par Cyndy. Mais tout le monde régla l'addition, car il était temps d'aller prendre le train. Rob suivit le mouvement sans trop se poser de questions.

Sur le quai numéro 7, ils montèrent dans le wagon 18, places 1 à 6. Le train vérifia que tout le monde était bien à bord, puis il démarra sur les chats podrou. En route pour l'aventure, se dit Rob, qui n'avait plus pris le train depuis bien des lunes. Le train roulait gaiement quand il vit que Cyndy et Bianca étaient toutes rouges, et très mal à l'aise. Elles regardaient en direction des banquettes situées derrière Rob, de l'autre côté du couloir. Lorsqu'il se retourna pour voir ce qu'il en était, notre ami en resta pantois. Là, sur les banquettes, deux tortues géantes, sûrement venues des Îles Galápagos (Insulae de los Galopegos = Îles des tortues, un peu de culture ne nuit pas à la santé), étaient en train (ça on le savait) de copuler (ça on ne s'y attendait pas), tranquillement, sur une musique composée quelques années plus tôt par Isidor Malteplas. Rob se souvint que l'on dansait sur cette musique en remuant son bassin d'avant en arrière, et il comprit pourquoi les deux tortues pratiquaient la légendaire levrette avec autant d'entrain (rien à voir avec la fable le lièvre et la tortue de notre illustre Jean). Moi je trouve la situation un peu olé au lait, mais je suis un peu ringard réac vieux jeu, donc ça compte pas.

Arrivés dans la petite gare de cette petite ville dont je tairai le petit nom par soucis de discrétion, tous se rendirent à leur rendez-vous dans la cour de l'école au théâtre municipal. Le prof dit aux élèves de se mettre en cercle et de passer un à un au milieu, "en marchant comme un homme". Lorsque se fut le tour de Rob, celui-ci marcha normalement et se fit renvoyer illico du cours, pour l'éternité, parce qu'un homme "ça marche pas comme ça"!

Pas grave! Il prit le bus 127, car de toute façon il devait garder une petite fille pour la nuit, pour se faire un peu d'argent de poche. Il prit donc le 127 à l'arrêt "David Hallyday" et demanda au chauffeur de le prévenir lorsqu'ils seraient à l'arrêt "Julio Iglesias", qui était sa destination. Le trajet dura près d'une heure, et lorsque le chauffeur fit signe à Rob de descendre, celui-ci s'exécuta. Il était bien au bon arrêt, mais il constata qu'il était encore à cinquante mètres de l'arrêt "David Hallyday", le bus ayant roulé soixante minutes pour revenir à son point de départ. Après enquête, il s'avéra que l'erreur venait de Rob qui avait demandé au chauffeur de l'arrêter à l'arrêt "Julio Iglesias" alors même que le bus venait de quitter cet arrêt, et c'est lors de la deuxième tournée qu'il put descendre. Enfin, Rob eut un peu les bubbles, ça, je vous le dis! Il voulut même aller tuer le chauffeur, histoire de... Mais ce dernier avait vendu son autobus pour s'enrôler dans l'armée des Power Rangers pour sauver l'humanité et se faire pardonner. Rob, bon prince, lui pardonna.

Il passa au supermarché pour acheter des corn-flakes à la petite qu'il devait garder, pour son petit-déjeuner du lendemain matin. Il y rencontra une amie, Sylviane, qui avait son caddie rempli de victuailles et autres objets inutiles. Elle dit à Rob qu'elle devait changer tous ses articles, pour gagner du temps, car elle avait repéré un super mec, qu'elle voulait draguer. Rob sourit et dit à Sylviane qu'il allait l'aider, qu'elle allait voir qu'il était vraiment son ami. Il se rendit à l'accueil du magasin, prit le micro en l'arrachant des mains d'une hôtesse qui faisait mumuse avec, et dit: "Y a-t-il quelqu'un qui travaille ici?" Il reposa le micro (où était restée accrochée le morceau de la main de l'hôtesse), fier de son humour - je dois avouer qu'il est grave marrant, Rob, hein?... hein?.. bon... - et retourna voir Sylviane qui désormais s'appelait Vivian, parce que ça faisait plus "américain de la table ronde".

L'homme que Vivian draguait était là, poussant un chariot vide, et il percuta Rob à plusieurs reprises, pour faire rire Vivian, ce qui marchait. Rob, lui, n'appréciait que modérément cet humour, mais pour faire plaisir à son amie en chaleur, il subissait gentiment cet affront.

Jorge arriva. Jorge était un ami de Rob, un de ses meilleurs amis, mais il ne le savait pas car Rob était pudique en amitié. Il embrassa l'homme que draguait Vivian sur le front, mais dit à Rob, stupéfait, qu'il ne l'aimait pas, et qu'il ne savait pas ce qui lui avait pris. Vivian, que Rob ne connaissait vraiment que depuis quelques jours - il l'avait rencontrée sur internet dans un forum consacré aux charlottes aux fraises - se sentait mal à l'aise, tout ça parce que Rob mangeait tout ce qu'elle achetait: des barres de céréales, de l'eau minérale, du beurre de cacahuètes... Jorge prit Rob par le bras et lui dit, l'ayant entrainé un peu à l'écart: "T'es con, Rob, tu fais tes courses ici, alors qu'ils ont construit le fameux "Empire State Over Shopping's Australian", en Arizona. Tu vas faire tes courses en avion ou en hélico, c'est dans un grand canyon, c'est trop génial! T'es con, Rob!"

Rob lui dit que c'était celui qui dit qui y est et qu'il avait perdu, et qu'en plus l'Arizona c'est trop loin après l'Océan qui est infesté de requins mangeurs d'hommes. Le con c'était Jorge, et Rob sortit avec ses corn-flakes, qu'il paya à la caisse, je tiens à le préciser aux esprits malveillants prêts à faire courir des bruits sur l'honnêteté de notre héros préféré. Et il alla donc garder la petite fille de trois ans, fille d'une grande dame qui le payait très cher pour ça, et qui des fois aussi lui faisait des choses cochonnes parce qu'elle l'aimait bien. Mais il aime pas trop qu'on en parle, alors vous faites comme si vous ne savez rien, ok? Merci...

Le lendemain matin à 7h20, Rob se réveilla en sursaut. La petite était déjà debout, elle s'habillait. Elle lui demanda son petit-déjeuner. Attention, nous entrons dans une dimension fantastique. Plus elle avalait ses corn-flakes, plus la petite grandissait, à vue d'oeil, sous les yeux ahuris de Rob. Lorsqu'elle eut douze ans, au bout de cinq minutes, il lui mit son cartable sur le dos et l'envoya au collège. Allez ouste! La petite l'aimait beaucoup, et Rob le savait. Il la regarda à travers le carreau de la fenêtre de la cuisine, et se dit qu'à la fin de la journée ce serait peut-être une belle nana toute bien foutue, avec une paire de poitrine maousse, une paire de fesses à tomber par terre, une bouche... Mouais! Lorsqu'elle eut tourné au coin de la rue, il se sentit terriblement seul...

Rob commençait à peine à trouver le sommeil... Et d'ailleurs, cette nuit-là, il ne le trouva pas!

© David Carruezco




Par Cardavebor - Publié dans : Les aventures oniriques de Rob Chiméric - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Samedi 23 mai 2009 6 23 /05 /Mai /2009 00:00

Rob commençait à peine à trouver le sommeil.

Il était couché sur son matelas à même le sol, dans le salon de son studio. Il avait passé sa journée à regarder la télévision, des programmes pas très intéressants, mais qui lui avaient permis d'oublier. D'oublier quoi, me diras-tu?... Il avait déjà oublié! Il devait bien avoir fumé deux paquets de Coca-cola et bu deux litres et demi de cigarettes. Les bouteilles vides reposaient encore à côté de lui et les mégots s'entrelaçaient dans le cendrier, certains fumant encore, détail sans grand intérêt, mais je tenais à t'en faire part!...

Sa tête lui semblait lourde, et un discret bourdonnement y bourdonnait discrètement. Il pensait qu'il allait réellement s'endormir mais ce bourdonnement s'amplifiait, prenant toute la place dans sa caboche. Il se sentait comme un avion sur le point de décoller. Il allait décoller. Ce bruit devenait insupportable. Il avait ouvert les yeux pour vérifier s'il dormait... Non, il ne dormait pas. Il était allongé sur le dos, sur ce matelas, et face à lui, la fenêtre, qui dominait une petite impasse, ondulait. Elle se tordait, se retordait, semblable à des volutes de fumée de cigarettes, voire même de cigares, oui, oui, n'ayons pas peur des mots! Non, il ne dormait pas. Si, il dormait. Non, il ne... oh, il ne savait plus!

Il se leva, enfila un pantalon et un t.shirt, et sortit de son petit appartement en prenant soin de refermer la porte derrière lui. Il descendit les marches de l'escalier, trois étages, et sortit de son immeuble. Je sais, tu vas me dire que je donne des détails sans importance, et tu auras bien raison. Mais garde-toi bien de me reprendre, j'ai horreur de ça! Il faisait nuit, il était très tard et pas grand monde ne circulait dans les rues, pour ainsi dire personne. Rob prit machinalement la direction du haut de sa petite ruelle dans laquelle il vivait maintenant depuis six mois, et gravit les marches du grand escalier de pierre qui semblait interminable et qui débouchait sur le grand boulevard. Quelques rares voitures passaient, sans le remarquer, ce qu'il remarqua. Il longea le boulevard et s'introduit un peu plus bas dans le grand parc.

Comme le portail de fer forgé était fermé à clef dès la nuit tombée, il l'escalada et se rendit compte que ce soir-là, le gardien avait oublié de le fermer à clef. Il se dit alors qu'il avait inutilement escaladé le portail mais bon, ce qui était fait était fait... Il s'aventura dans le noir au milieu des arbres hostiles. C'était la bien la première fois qu'il faisait une chose pareille. Pourtant, il lui semblait qu'il savait pertinemment où il allait. Une fois bien engagé dans le bois, il se dirigea vers une énorme masse rocheuse, comme un rocher, la contourna avec élégance, et s'approcha d'un petit buisson. Assuré que personne ne l'avait suivi, il en écarta les branches. Il poussa alors un chétif rocher qui n'opposa aucune résistance mais qui ne se gêna pas pour dire à Rob qu'il était très tard mais que pour cette fois "ça va"!... Et là, devant lui... un passage! Il s'y engouffra, sans hésiter!

Un tunnel, un long tunnel, gigantesque et bien éclairé. Derrière Rob le chétif rocher se referma dans un grand bruit, comme une porte qui claque - il faut dire qu'il avait quand même les boules d'avoir été dérangé à une heure aussi tardive! Rob ne sursauta même pas... Na!... Il s'élança aussitôt et se mit à patiner tranquillement. Oui, oui, il était soudainement doté d'une paire de rollers - oui je dis des rollers et pas des patins à roulettes parce que ça me fait plaisir - comme par enchantement. Il avançait dans le tunnel et se joignit à d'autres patineurs, une petite dizaine si je me souviens bien. Et tous ensemble, en se donnant la main et en chantant "touf touf qu'elles soient douces" de Mylène Farmer, en choeur s'il vous plait, il patinèrent et patinèrent sur des centaines de mètres, dans ce tunnel qui semblait interminable... tiens, comme le grand escalier de pierre!... Je te passe les détails, d'autres patineurs se joignirent à eux, si bien qu'ils partirent à onze mais par un prompt renfort ils se virent des milliards en arrivant au bord, etc, etc.

Au bout de quelques minutes, Rob aperçut le bout du tunnel qui débouchait sur une magnifique esplanade délicatement baignée de rayons de soleil. Ses compagnons de patinage disparurent comme ils étaient apparus, sans donner de raison valable, tout comme ses propres rollers qui avaient libéré de leur emprise ses jolis petits petons. Rob vit tout au bout de l'esplanade une plate-forme, zone d'arrivée d'un téléphérique, et il s'approcha de la cabine stationnée là. Tout autour c'était le grand vide, vertigineuse vue sur le néant. Un homme en salopette - c'est un vêtement, pas une petite salope - grise lui prit son ticket. C'était le légendaire gardien du téléphérique! Jamais entendu parler? Moi non plus! Rob pénétra dans la cabine...

Celle-ci était très large et très haute de plafond. Aménagée d'un canapé en cuir rouge et d'une petite table basse sur laquelle se trouvait un vase dans lequel se trouvaient de grandes fleurs mauves sur lesquelles se trouvaient des motifs en forme de coeurs - oui je sais c'est un peu lourd, je sais - cette cabine accueillit bien volontiers notre cher Rob qui s'y installa très confortablement. Une jeune femme, mince, élancée, blonde vint poser son adorable fessier tout près de celui, un peu moins adorable, de Rob. Il vit bien qu'elle était très belle et plutôt bien foutue et ce détail ne le laissa pas indifférent. La nacelle démarra, et amorça sa descente suspendue à un câble. Le soleil disparut rapidement en laissant sa place à une lune rouge et violette. Une minuscule petite lumière s'éclaira dans la cabine.

La belle blonde, puisqu'il faut l'appeler par son nom, retira un à un ses vêtements. Sa jupe glissa le long de ses jambes et se posa à ses pieds. Son petit chandail de laine rose s'échappa de son buste ce qui permit à Rob de constater qu'elle ne portait rien en dessous. Il voulut le lui faire remarquer mais se dit, avec raison, qu'il aurait sûrement l'air d'un con. Elle, elle était maintenant en petite culotte, car elle en portait une, et en chaussures à talons. Rob se déshabilla instinctivement et intégralement, c'est à dire: nu! Et nos deux tourtereaux étaient assis sur un canapé dans une nacelle qui continuait sa descente suspendue à son câble. Je dois dire que Rob était un peu gêné car depuis quelque temps déjà, il avait pris du ventre, et en position assise c'était encore plus évident!

La jeune femme blonde, puisqu'il faut l'appeler par son nom, prit une main de Rob dans la sienne, la droite je crois, ou peut-être la gauche et la posa sur un sein. Rob sentit que son appareil génital masculin - oui, oui, son pénis, j'ai du mal à aborder ce thème, la pudeur m'habite, il faudrait que j'en parle à mes psys mais j'ai pas le temps en ce moment - se mit à durcir et d'ailleurs, en baissant son regard il confirma. Sa partenaire avait deux petits seins pointus et fermes et il les massait délicatement du bout des doigts. Alors là, je tiens à te prévenir, je sors le carré blanc, comme on disait dans le temps, et yeux chastes s'abstenir - ah c'est marrant à dire ça, allez, répète dix fois d'affilée et à rapidement: yeux chastes s'abstenir!

La jeune blonde élancée, puisqu'il faut l'appeler par son nom, se pencha sur le sexe - aïe je l'ai dit je l'ai dit je l'ai dit, mea culpa mea culpa mea culpa - de notre petit Roby, et l'enveloppa voluptueusement de ses deux lèvres buccales... Rob, les yeux fermés, parce que c'est meilleur, sentit son corps tout entier prêt à exploser. Il passa alors ses doigts sous la culotte de sa voisine et dans la chaleur et l'humidité délirante de son endroit magique et fascinant, il se sentit vivant! Woaou c'est chaud là!

"-Tu vas sortir de là tout de suite, sale petit con!"
La vieille mère de Rob - et non pas la vieille merde Rob - se tenait droite devant l'entrée de la nacelle qui venait d'atteindre sa destination. La blondasse, puisqu'il faut l'appeler par son nom, salua son ex-belle-mère et disparut dans la nature avec ou sans ses vêtements, ça je ne sais plus. La maman de Rob fixait son fils de son regard de serpent, et notre cher ami se sentit petit, tout petit, infiniment petit. Terrifié devant cette femme qui lui avait un jour donné la vie sans qu'il ne demande rien à personne et qui, là, le menaçait de mort imminente d'un simple regard reptilien. Regard démoniaque, perçant et froid comme de la glace. Rob sortit de la cabine en criant "pardon Maman" et sa gentille mère lui enfonça les doigts dans les orbites de ses deux yeux. Il poussa un hurlement d'outre-tombe que je ne veux plus jamais entendre de toute ma vie, en suppliant sa mère de le pardonner. Mais oui madame Rob, votre fils n'est plus puceau, il faut l'accepter, couper le cordon, lui enlever ses couches et le laisser passer son permis de conduire. Rob s'écroula et sa maman disparut.

Lorsqu'il revint à lui, il était couché sur une pelouse de jardin privatif. Il y voyait un peu flou et distinguait tant bien que mal un vieil homme barbu en pantalon vert, chemise bleue et bonnet rouge, debout devant lui, immobile. Rob s'essuya les yeux et regarda ses mains: elles dégoulinaient de sang. Mais il y voyait. Il était donc dans le jardin d'une villa et entendit la voix d'une femme qui ne lui semblait pas inconnue. Il se leva tout en se traitant de con, car le vieil homme barbu en pantalon vert, chemise bleue et bonnet rouge qui le fixait n'était rien d'autre qu'un nain de jardin...

Rob contourna la maison et en poussa la porte d'entrée. Dans le vestibule - j'adore ce mot, vestibule - il se contempla dans un psyché et vit avec stupéfaction que sa chevelure était grise - car Rob est brun, ne l'oublions pas! De grandes rides sur son visage lui donnèrent quelque frisson, il était vieux, quoi. Il entendit de nouveau la voix de cette femme qui provenait de l'étage. Elle l'appela. "Rob! Viens ici, tout de suite!" Il s'exécuta.

Dans une chambre il vit à qui appartenait cette voix qui lui semblait familière. La mère d'un de ses amis - dont je tairai le nom, par respect pour celui-ci - était là, en tenue légère, robe de chambre de soie rose et semi-transparente. Pour la première fois il devina les courbes du corps de cette femme dont il n'appréciait naguère que les crèpes au sucre et les bols de chocolat, et se surprit même à ressentir une envie pour elle. Elle lui dit qu'ils n'étaient pas là pour ça, et ça tombait bien, car Rob n'avait pas oublié l'épisode dramatique de la nacelle. La femme ouvrit un tiroir de commode et en sortit un révolver chargé qu'elle pointa sur notre pauvre Rob. "Je vais te tuer, maintenant." Pourquoi, comment, ça, pas le temps de savoir, paf!, elle appuya sur la détente et Roby prit la balle en pleine tête, et il s'enfuit par la fenêtre. Sa meurtrière le laissa s'échapper de sa chambre en même temps qu'un rire sadique de sa bouche, lequel poursuivit Rob dans sa chute et dans sa fuite pendant de longues minutes.

Il courut non stop sur une distance de huit cents kilomètres et se posa enfin dans un pré, dans un village montagnard qu'il connaissait bien pour y avoir passé de nombreuses vacances d'été pendant plusieurs années de suite, surtout en été, pendant ses vacances estivales... Il vit s'approcher son cousin, Bernie - que tu apprendras à connaître, je ne t'en dis pas plus - en tenue de footballeur. "Rob, qu'est-ce que tu fous, on a un match dans dix minutes et toi tu te prélaces dans un pré. Dépêche-toi mon gars!" Rob courut jusqu'aux vestiaires, se changea en quelques secondes et entra sur le terrain avec son équipe. Les adversaires les attendaient déjà avec l'arbitre. Les tribunes étaient noires de monde. Rob n'était pas peu fier, car le monde entier allait le regarder à la télévision. Les cherchant du regard, il crut apercevoir Thierry Rolland et Jean-Michel Larqué - des vieux commentateurs d'un autre temps - mais quel pied! Le coup d'envoi fut donné, mais à chaque fois que Rob avait la balle au pied - poil aux pieds - il se faisait huer. "A mort, à mort!" Sourd à cette vindicte injustifiée, il récupéra le ballon au milieu de terrain et, après avoir effacé trois adversaires - dribble, petit pont, coup du sombrero - il se lança, seul, à l'assaut du but adverse.

Il courait, il courait, il allait marquer le but de la victoire, c'était sûr! Oubliés les Platini, Zidane, Kopa et autres Beckenbauer, désormais il faudra compter avec Rob! Plus qu'une dizaine de mètres, plus que quelques secondes à jouer. Temps additionnel quasiment épuisé. Le gardien de but bien calé sur ses deux pieds, prêt à stopper cet assaillant téméraire. Rob s'approchait, il allait marquer, il allait marquer ce but, c'était sûr! Là, imagine la scène au ralenti, il arme son tir, les filets vont trembler, la terre entière va trembler, il va expédier un boulet de canon dans le ventre du goal, tu vas voir!

"Tue-le, tue-le!" hurlaient les spectateurs. Mais ils ne s'adressaient pas à Rob pour l'encourager à tuer le gardien de but, non. Bernie, son cousin adoré, et qui plus est partenaire dans son équipe, le prit en chasse, galvanisé par les encouragements du public. Rob avait la jambes en arrière, armée pour tirer, il prenait tout son élan pour donner un coup de pied dans le ballon, qui allait être le dernier que ce ballon recevrait de toute sa carrière de ballon. Bernie s'approchait, le visage cripsé par l'effort. Il courait, il courait, il s'approchait, il s'approchait. Rob laissa partir sa jambe, son pied allait entrer en contact physique avec ce maudit ballon. Oui, ça y est, il va frapper! Il va frapp...!

"Tue-le, tue-le!" Bernie, de tout son élan, parti à l'horizontale, les deux pieds en avant, planta ses crampons de dix centimètres dans la nuque de Rob, qui s'écroula sur la pelouse, inerte. Le public était aux anges, il chantait maintenant "I will survive" - ce qui soit dit en passant était de très mauvais goût pour Rob, mais enfin. Les joueurs des deux équipes se donnèrent la main et chantèrent en faisant une ronde autour de Roby. Bernie s'approchait et lui donnait quelques coups de pieds dans la tête - ce qui était également de très mauvais goût, je trouve. L'arbitre siffla la fin du match. Les supporters quittèrent les tribunes, après avoir arraché quelques fauteuils, comme tout bon supporter de foot qui se respecte, cela va sans dire. Les footballeurs rentrèrent aux vestiaires, après avoir échangé quelques coups et insultes, et reçu quelques fauteuils sur la figure, comme tout bon footballeur.

L'arbitre s'approcha de Rob, se pencha vers lui et lui cracha dessus. Il lui susurra quelques mots à l'oreille puis brandit le carton... rouge! Des tribunes vides s'éleva un grondement de joie et de bonheure sadique. Les lumières du stade s'éteignirent une à une comme les étoiles du ciel, l'arbitre sortit une arme de sa poche révolver et se tira une balle en pleine tête. La partie était finie. Thierry dit à Jean-Mimi que "putain c'était bon et qu'après ça on peut mourir" ce, qu'à ce jour, il n'a toujours pas fait, entre parenthèses. Bernie revint sur la pelouse, vêtu d'un costume aux couleurs du club et dit à Rob: "je taimais, je t'aime et je t'aimerai", avec la voix de Patrick Sébastien qui s'était fait la tête de Francis Cabrel. Et il disparut.

Rob pleurait. Et oui, il était toujours vivant. Des larmes coulaient sur son visage, ce qui veut dire à peu près la même chose que ce que j'ai dit en début de paragraphe. Le jour se leva et Rob était toujours allongé sur la pelouse, et il pleurait. Le soir arriva, le soleil laissa la place à la lune, et Rob était toujours allongé sur la pelouse, et il pleurait. D'énormes nuages noirs firent leur entrée, le tonnerre gronda, des éclairs et la pluie torrentielle et Rob était toujours allongé sur la pelouse, et il pleurait. Le sol se mit à trembler, des cratèr...Ohhh c'est bon ça va on a compris!

La jeune fille blonde, puisqu'il faut bien l'appeler par son nom, arriva sur son vélo en pédalant jusqu'au corps meurtri de Rob. Il leva la tête, il la reconnut. Il se méfia quand même en s'assurant qu'il ne s'agissait pas d'une naine de jardin et, rassuré, lui tendit la main. Elle descendit de son vélo laissant ce dernier choir sur le sol et s'approcha de Rob. Elle s'allongea à ses côtés et posa ses lèvres sur les siennes. Ils s'embrassèrent de longues heures, ils firent l'amour jusqu'au petit matin, tandis que Francis Lalanne pleurnichait pour eux une chanson douce que me chantait ma maman. La fille se leva, se rhabilla et dit à Rob qu'ils ne se verraient jamais plus. Elle enfourcha son vélo et s'éloigna, à jamais, à jamais... Il ne la vit plus. Plus jamais. Il se releva et tout autour de lui il ne vit plus rien. Il n'était plus dans le stade, il n'était plus dans ce petit village montagnard, non, il était seul, tout seul, terriblement seul...

Rob commençait à peine à trouver le sommeil... Et d'ailleurs, cette nuit-là, il ne le trouva pas!

© David Carruezco
Par Cardavebor - Publié dans : Les aventures oniriques de Rob Chiméric - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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